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Regard sur l'Observatoire par Emmanuel Cau

Connaître pour renaturer

On a un héritage industriel très lourd, nos milieux naturels sont certes très beaux et très riches mais très peu nombreux et en général très petits.
On a 13% milieux naturels en région Nord – Pas-de-Calais, c'est une catastrophe.

Donc non seulement on continue à avancer, à préserver, à renaturer.
Mais en même temps, on besoin des connaissances suffisantes pour pouvoir le faire rapidement et massivement.
Donc il nous semblait important, en s'appuyant sur les forces vives et historiques de la région, de faire d'abord un état zéro de cette biodiversité régionale.
Ce qui nous permet, dans un premier objectif, de mesurer l'impact et les résultats de nos politiques.

Recréer le lien Homme nature

Je pense que la situation dans laquelle on est arrivé aujourd'hui est du fait, essentiellement, d'une forme, ou de formes de ruptures de lien entre l'Homme et la nature.

Il y a une sensibilisation à faire évidemment par le grand public qui peut-être une fois sensibilisé, une fois qu'il sait qu'il peut agir, et qu'il a un rapport quasiment affectif avec cette nature, je pense qu'il devient l'acteur essentiel.

Mais aussi des publics un peu relais, ou ce qu'on appelle « les décideurs », qui sont en charges d' aménagements du territoire ou de mettre en place des politiques publiques, qui eux non plus, n'ont plus ce lien avec la nature. Par exemple, ne sachant plus que cette nature répond à des besoins qu'ils ont : par rapport à la protection de l'eau, à l'épuration de l'air, à la plolinisation, à la fertilité des sols, aux aménités, aux loisirs, à l'attractivité des territoires,...

Donc je pense que l'Observatoire va :

  1. Sensibiliser
  2. Montrer, sans catastrophisme, dans quel état on est et ce qu'on aurait à gagner en changeant
  3. Montrer comment cette biodiversité répond à des besoins.

L'Observatoire est une bonne interface entre les publics et la situation.

Mobiliser une action citoyenne

Les citoyens sont importants. A partir du moment où on recrée du lien, ils peuvent être un acteur majeur.
On n'est pas assez de gens impliqués, bénévoles et militants sur le sujet pour se passer d'une aide citoyenne, au contraire on doit l'activer.
Chacun où il habite, dans sa vie [quotidienne], dans sa vie professionnelle, est ponctuellement et à un moment donné, expert : il n'y a pas plus expert d'un environnement que celui qui y habite.

Alors, est-ce que les citoyens vont directement amener leurs connaissances, leurs remarques, leurs observations, leurs coups de gueule ?...
Il faudra l'organiser, mais je pense que l'Observatoire régional de la biodiversité est un élément essentiel dans l'organisation de la participation citoyenne, voir des sciences citoyennes à mettre en place sur l'ensemble du territoire. Et là, on a un potentiel de 4 millions de bénévoles et d'éco-citoyens qui pourront nous aider. Non seulement à accroître nos connaissances, mais d'une certaine façon, ils seront producteurs de connaissances, forcément sensibilisés, ils seront producteurs de biodiversité (qui dans son jardin, dans sa consommation ou son mode de vie), mais finalement une vigie de la nature.

Aboutir à des actions concrètes

Si je suis un citoyen lambda, je me dis « Tiens, un Observatoire, on observe, c'est sympathique. Mais il ne s'agit pas que d'observer mais d'agir ». Observer le déclin, c'est peut-être intéressant scientifiquement. Mais humainement et « citoyennement », ce n'est pas très intéressant.
Donc je pense que j'attendrai que cela débouche sur de l'action, de la restauration et des résultats concrets.

Prioriser les indicateurs

Il n'y a aucun indicateur à rejeter à priori.
Il y a des indicateurs à mobiliser en fonction de la stratégie, en fonction de la situation du moment et en fonction des résultats qu'on veut atteindre.
Si on considère, et on doit le considérer, que les milieux naturels humides, les zones humides, sont une priorité, il faudra mobiliser les indicateurs relatifs à la végétation des zones humides etc. c'est évident.
On va faire un état zéro, après en fonction des urgences, il faudra mobiliser et les indicateurs et les politiques qui vont avec.

L'indicateur de rêve

C'est que cette biodiversité sauvage, elle ne soit plus trucidée, biocidée, herbicidée, pesticidée, etc.
Mais que juste on s'appuie sur elle, juste c'est utile, juste c'est beau, juste, ça doit plus nous faire peur.
Un livre de François Terrasson, « La peur de la nature », décrit bien les mécanismes un peu psychologiques, comportementaux, psychanalytiques qu'on a dans ce rapport à la nature... dans ce cas là, l'indicateur c'est que la peur de la nature disparaisse.
Si une majorité des habitants du Nord – Pas-de-Calais n'avait plus peur de la nature, et quand je parle de peur, ça va de la phobie des araignées aux agriculteurs qui pensent que l'environnement est une contrainte, si on peut éliminer cette peur de la nature... alors on aura gagné. C'est un rêve.

Le Cran Noirda - 2006 - © Vincent Cohez

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