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Comment se porte la nature en Nord - Pas-de-Calais, bilan 2015

Les textes ci-dessous sont la transcription textuelle du film sur l'état de la biodiversité 2015 en région Nord - Pas-de-Calais, réalisé par l'Observatoire régional de la biodiversité en juin 2015.

Voix off

Regardez comme c'est beau ! Ce sont les paysages de votre région... ces zones magnifiques de ressourcement et d'émerveillement, supports de la vie sauvage... Le Nord – Pas-de-Calais offre une riche palette de milieux et de paysages.

Certains milieux naturels sont exceptionnels dans la région, tant par la beauté des paysages qu’ils offrent que par les richesses biologiques qu’ils recèlent. Ils abritent des espèces de plantes et d'animaux quelquefois très rares, des petits joyaux de biodiversité dont la préservation relève de notre responsabilité commune. 15% du territoire régional présente des enjeux écologiques majeurs et forts, c'est à dire dont le patrimoine naturel est à préserver en priorité.

Les inventaires naturalistes réalisés dans la région depuis des dizaines d'années ont permis d'estimer le nombre d'espèces présentes sur le territoire, en termes de faune, de flore, ou de fonge. Cela s'appelle la richesse spécifique.

Le Nord – Pas-de-Calais abrite ainsi 1 138 espèces de plantes sauvages (à titre de comparaison, le territoire métropolitain en accueille 4 900). On recense également 369 espèces d'oiseaux (578 sur le territoire métropolitain), 73 espèces de papillons de jours (262 sur le territoire métropolitain), 62 espèces de mammifères (120 sur le territoire métropolitain), 14 espèces d'amphibiens (35 sur le territoire métropolitain), et 6 500 espèces de champignons (19 500 sur le territoire métropolitain).

Exceptionnelles ou communes, ces espèces forment le tissu vivant du territoire régional. Les liens et les interactions entre toutes ces espèces constituent le socle indispensable au maintien des équilibres écologiques et ainsi... à la VIE sur Terre !

Toutefois, cette richesse naturelle ne doit pas en masquer l'extrême fragilité et vulnérabilité...

Marquée par son histoire économique et industrielle, par ses infrastructures de transport, son urbanisation et son agriculture, le Nord – Pas-de-Calais doit faire face à de nombreux enjeux qui ont fortement dégradé et menacent toujours l'état de sa biodiversité.

Le Nord – Pas-de-Calais est plus artificialisé et plus agricole que la moyenne française, et compte la part d'espaces naturels parmi la plus faible de France : 13% du territoire contre 38% à l'échelle nationale.

L'on estime que près de 1 600 hectares de terres (soit l'équivalent de la ville de Tourcoing et essentiellement des terres agricoles) disparaissent chaque année au profit de l'urbanisation.

Si rien n'est entrepris pour enrayer l'actuelle dynamique, d'ici 30 ans, près de 20% supplémentaire du territoire pourrait ainsi être irréversiblement artificialisé.

En raison de cette forte artificialisation, et plus particulièrement en raison d'un réseau routier dense, les espaces naturels sont morcelés en une multitude de parcelles dispersées sur la région. Cette fragmentation crée d’importantes ruptures dans le fonctionnement écologique des espaces naturels en impactant le déplacements des espèces et les échanges écologiques entre les milieux.

A titre d'exemple, les forêts de la région sont morcelées en 22 800 morceaux (ou îlots). Ce morcellement a augmenté de 16 % entre 1990 et 2009.

La pollution des sols, des airs et des eaux cause également des dommages tout à fait préjudiciables à la biodiversité régionale.

A titre d'exemple, la mauvaise qualité de l’eau représente une préoccupation régionale notable.

Au regard de la directive cadre sur l’eau (DCE), le Nord - Pas-de-Calais, comme ailleurs en France, n'a pas atteint l'objectif initial (toutefois renforcé depuis les années 2000) d'un bon état écologique des eaux de surface,

Cette directive prévoyait à l'origine d'atteindre un bon état écologique pour 2015, mais l'évaluation des différents paramètres biologiques, chimiques ou morphologiques montre que moins de la moitié des masses d'eau, principalement localisées dans le département du Pas-de-Calais, répondent à cette exigence.

Cependant, certains programmes de restauration des milieux aquatiques et d’amélioration de la qualité des eaux, accompagnés par l'Agence de l'eau, commencent à porter leurs fruits.

Stéphane Jourdan, chef du service aménagement des milieux naturels aquatiques à l'Agence de l'eau Artois-Picardie

Par rapport aux objectifs environnementaux de la Directive cadre sur l'eau (DCE), il y a un enjeu majeur de traiter les pollutions quelles qu'elles soient (diffuses, domestiques, urbaines, industrielles) mais aussi de travailler sur la restauration des habitats aquatiques et, notamment, de la morphologie des cours d'eau et de leur continuité écologique.

Au niveau de l'Agence, nous accompagnons les maîtres d'ouvrages publics, avec l'appui de la région et des départements, pour porter des programmes ambitieux de travaux de restauration notamment de la continuité écologique. Les travaux de rétablissement de la continuité écologique portent à la fois sur l'effacement des obstacles les plus impactant mais aussi par l'aménagement strict de la continuité écologique via l'implantation de passes à poissons.

Aujourd'hui, ces travaux commencent à porter leurs fruits puisqu'on assiste au retour de plusieurs espèces emblématiques de poissons migrateurs comme le Saumon atlantique, les Truites de mer, et les Anguilles pour lesquelles il existe aujourd'hui un enjeu majeur de protection.

On assiste également en parallèle au retour d'espèces moins emblématique que sont les Lamproies, fluviatiles et de mer.

A titre illustratif, le barrage d'Auchy-les-Hesdin sur la rivière Ternoise a été aménagée d'une passe à poissons et fait l'objet d'un suivi par une station de vidéo-comptage implantée sur l'un des bassins équipant la passe à poissons d'Auchy-les-Hesdin.

Sur ce suivi, appelé « River watcher », les résultats obtenus en 2014 et qui débutent en cette année 2015 montrent un retour significatif des grands salmonidés notamment les Truites de mer et les Saumons. Plus de 300 individus ont été dénombrés au cours de l'année 2014. ces résultats sont exceptionnels à l'échelle du bassin Artois-Picardie.

 Voix off

Si les bilans menés par l'Observatoire régional de la biodiversité ces dernières années sont souvent alarmant, de nombreux acteurs régionaux œuvrent depuis de toutes aussi nombreuses années à améliorer les connaissances sur le patrimoine naturel régional et concourent à sa préservation.

Aussi, depuis la promulgation de la loi sur la protection de la nature en 1976, les institutions politiques financent les actions locales et mettent en œuvre des dispositifs pour concerter dans un effort collectif toutes les actions nécessaires à l'endiguement de l'érosion de la biodiversité.

Les crédits alloués par ces institutions témoignent de l'accroissement de l'intérêt et des actions que notre société dédient à cette problématique.

A titre d'exemple, voici trois grands dispositifs déployés en région pour enrayer l'érosion de la biodiversité et engranger sa reconquête.

Le premier dispositif permettant de protéger durablement des milieux naturels remarquables est leur classement en réserves naturelles nationales ou régionales, en réserves biologiques ou en arrêtés de protection de biotope.

Vincent Santune, Président des Réserves naturelles de France

C'est quoi une réserve naturelle, une réserve naturelle est un outil de protection réglementaire fort qui permet pour l'Etat, une région ou les collectivités de Corse de classer un espace naturel au titre de son patrimoine naturel ou géologique. Pour ça, il y a les scientifiques qui vont étudier le terrain, évaluer la valeur du site et le proposer au classement à la région ou à l'état.

Au-delà de ça, il faut aussi susciter l'adhésion des acteurs locaux puisque derrière on va élaborer un règlement sur la réserve naturelle qui va encadrer les pratiques, limiter certains usages éventuellement. Donc, dans l'idéal, c'est toujours mieux de susciter l'adhésion des acteurs locaux ou des élus, des usages, des associations locales pour aboutir à un classement partagé du site puisqu'on s'engage tout de même sur la durée la plus longue possible, et dans l'idéal, un classement à durée illimitée qui assure quand même une pérennité de la protection.

Dans le Nord - pas-de-Calais, il y a une politique ambitieuse de classement en réserves naturelles. Historiquement, c'était l'Etat qui avait la maîtrise de classement au travers des réserves naturelles nationales et les réserves naturelles volontaires. Mais depuis 2002, il y a la possibilité pour les régions de classer en réserves naturelles régionales, ce qui remplace ce qu'on appelait les réserves naturelles volontaires. Donc la région Nord - Pas-de-Calais s'est fortement appropriée cette politique-là et aujourd'hui, on y compte 32 réserves naturelles, 5 réserves naturelles nationales et 27 réserves naturelles régionales. Ce qui en fait, du point de vue des réserves naturelles régionales, la région compte pour 1/5 des réserves naturelles françaises. Alors les surfaces ne sont pas énormes, avec à peu près 800ha en réserves naturelles régionales et 2000 ha pour les réserves globalement en Nord - Pas-de-Calais, mais il y a beaucoup de joyaux de la nature qui sont protégés par ce moyen-là. 32 réserves c'est quand même un chiffre très important pour le réseau des réserves en France qui compte, je le rappelle, 313 réserves nationales et régionales .

Voix off

En complément du classement réglementaire par l'Etat ou la Région, l'acquisition foncière ou la mise en protection d'espaces privés notamment par les départements en vue de la création d'Espaces naturels sensibles ou par le Conservatoire d'espaces naturels constituent des moyens efficaces pour maintenir et favoriser la biodiversité.

Gardons à l'esprit que ces surfaces mises en protection réglementaire ou foncière ne représentent qu'1,07 % du territoire régional (hors Parcs naturels régionaux et sites Natura 2000). Si les espèces dites patrimoniales, rares, menacées de disparition bénéficient dans ce cadre d'une protection forte, il ne faut pas perdre de vue que la nature dite ordinaire reste particulièrement exposée à des dégradations et des pertes irrémédiables.

Pour lutter contre la fragmentation des espaces naturels et contre l'érosion de biodiversité, un dispositif d'envergure nationale a été développé en région : le Schéma Régional de Cohérence Écologique, Trame Verte et Bleue (ou SRCE-TVB). Mené dès 2010 en partenariat entre l’État et la Région, le SRCE-TVB a été définitivement adopté le 16 juillet 2014.

Isabelle Derville, Directrice adjointe de la DREAL Nord - Pas-de-Calais

Les schémas régionaux de cohérence écologique ont été voulus par la démarche du Grenelle de l'environnement et les lois Grenelles en 2009 notamment, dans le but essentiellement de prendre conscience des enjeux de biodiversité dans les territoires. Et cette biodiversité, c'est à la fois la biodiversité extra-ordinaire, remarquable, mais c'est aussi toute la biodiversité ordinaire qui peuple tous nos milieux qu a toute son importance.

Une importance face à une pression qui existe et qui rogne cette biodiversité. Dans le Nord - Pas-de-Calais, il s'agit notamment de lutter contre l'artificialisation. l'objectif et la démarche qui a été retenue pour élaborer le Schéma de cohérence écologique s'est établie tout d'abord dans une démarche d'éléments de connaissances pour recueillir la connaissance de ces territoires concernés par de la biodiversité.

L'enjeu a bien été de comprendre ce qui relevait de cœurs de nature et de l'intérêt des corridors écologiques pour permettre à ces milieux de fonctionner. le Schéma de cohérence écologique a vraiment pour ambition de faire le lien entre les éléments de connaissances de la biodiversité dont nous disposons et les politiques d'urbanisme et d'aménagements.

L'enjeu maintenant du Schéma de cohérence écologique ests a mise en œuvre dans les territoires avec la connaissance des cartographies qui existent mais surtout une appropriation de ces secteurs et de leurs fonctionnalités, essentiellement pour les corridors écologiques pour lesquels la délimitation n'est pas précise, et qui nécessitent une appropriation locale. Cette mise en œuvre locale, cherchera donc à prendre en compte cette fonctionnalité dans les corridors écologiques pour s'intégrer dans les projets de développement des territoires et les projets d'aménagements.

Voix off

Responsabilité de chacun, intérêt de tous : tout un chacun peut également contribuer, à son niveau, à la préservation de l'environnement et de la biodiversité.

Il est par exemple de notre choix de modifier nos comportements quotidien et d'envisager des modes de consommation différents, d'utiliser des modes de transports plus doux, d'entretenir nos extérieurs en accordant sa place au naturel, au sauvage...

Nous pouvons également participer à des projets collectifs et nous inscrire dans des programmes de sciences participatives, participer à des chantiers nature de bénévoles, ou tout simplement adhérer à des associations de protection de l'environnement afin de soutenir leurs actions.

Consciente de la nécessité d'impliquer tous les habitants dans la protection de la nature, la région a développé sur 2010-2015 la « Stratégie d'écocitoyenneté tout au long de la vie ».

Emmanuel Cau, Vice-Président au Conseil régional Nord - Pas-de-Calais

Au Conseil régional, une des deux priorités environnementales, évidemment, c'est la biodiversité.

On a plusieurs acteurs autour de la biodiversité. Évidemment, les collectivités et les pouvoirs publics ont leur responsabilité et mettent en place des politiques. Il y a d'autres acteurs, une entreprise par exemple, si elle ponctionne des ressources naturelles doit aussi s'interroger, elle peut aussi faire quelque chose pour la biodiversité. et après, on a quatre millions d'habitants.

Et là, on était face à un constat assez paradoxal : plus de 80 % des habitants, du Nord - Pas-de-Calais comme en France, se disent inquiets, concernés par l'environnement et veulent agir pour l'environnement. Et le paradoxe, c'est que très peu d'habitants s'engagent concrètement en faveur de leur environnement. D'où l'idée d'une Stratégie régionale d'écocitoyenneté qui prenne en compte ça : comment on va requestionner l'offre de service, l'offre d'engagement, au service de l'environnement, au service de la biodiversité. Donc, c'est comment on arrive à trouver des façons de faire s'engager des habitants au profit des associations, au profit des habitants, au profit de la connaissance, au profit de cette acquisition de connaissances, et dans un premier temps sans jamais trop changer les habitudes des habitants. Les prendre là où ils sont, par rapport à leurs envies et au fait qu'ils se sentent concernés.

Pour essayer de concrétiser tout ça, on a essayé de se questionner sur les fonctionnements, sur les attendus et de ceux qui offrent les services et de ceux qui pourraient les consommer, entre les habitants, les associations, les bénévoles, on s'est questionné sur tous ces mécanismes... et en même temps, on voulait passer à la pratique par la création d'appels à projets pour tester et qui tendent à la réalisation de cette écocitoyenneté.

J'ai cité tout à l'heure, pas le plus simple, mais le plus sympa et le moins difficile qui était le recensement partiel des écureuils en région Nord - Pas-de-Calais. On a réitéré avec l'opération « Gui est là ? » et on a eu des sacrés compétiteurs puisque un des habitants qui a participé à cette opération a recensé à lui tout seul 700 données de guis. Donc on a réussi à toucher des dizaines voir des centaines de personnes qui sans rien changer... j'évoquais cette personne qui a recensé 700 données de guis, il a rien changé, il a juste repéré le gui là où il marchait là où il courait là où il avait l'habitude d'aller. Donc, sans rien changer à leurs habitudes, on a réussi à avoir des données qui nous seront utiles et aux associations et aux politiques.

Et après, d'une façon qui semblerait plus classique mais qui ne l'est pas, avec les Planteurs volontaires notamment dans la région Nord - Pas-de-Calais, sur comment on va planter un peu plus d'arbre, un peu plus de forêts... il y a certes une ambition institutionnelle et régionale de doublement de la forêt d'ici à 30 ans, mais il y a une inertie, c'est lourd, ça questionne beaucoup l'agriculture, l'aménagement du territoire. Et pour autant, il y a sur le territoire plein de petites opportunités qui ne gênent personnes. Et planter un arbre le week-end, en vacances, ça ne prend pas beaucoup de temps, c'est plutôt sympa, on peut amener les enfants.

Voilà un certain nombre d'ingrédient qui fait que les habitants peuvent passer à l'action. Dix minutes par çi, une heure par là, ils peuvent agir en plantant des arbres avec des associations comme ça qui s'inscrivenet pleinement dans la Stratégie régionale d'écocitoyenneté tout au long de la vie. J'insiste sur le « tout au long de la vie », on a pas les mêmes aptitudes, les mêmes envies, les mêmes expériences, les mêmes possibilités qu'elles soient physiques ou financières quand on est adolescent ou quand on est à la retraite. et donc peut-être quand on sera adolescent ou jeune adulte, on aura plus de force physique, on plantera des arbres, et quand on sera un peu plus âgé mais quand même avec une bonne vue on pourra repérer tel ou tel papillon ou du gui, et participera de cette façon-là, à l'intérêt général en faveur de l'acquisition de connaissances sur la biodiversité et de la mise en œuvre de politiques en faveur de la préservation de la biodiversité.


Le Cran Noirda - 2006 - © Vincent Cohez

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